9-3-16
Maman chérie
Je voudrais t’écrire plus longuement
et plus posément. C’est impossible. On ne sait où se mettre, car travaille dans
les abris. A la prochaine relève j’espère pouvoir faire faire un abri pour les
sergents et pour moi. Pouvoir s’isoler, pouvoir lire et ecrire, voilà ce que je
voudrais arriver à faire. A part ça, toujours heureux. J’oublie presque que
c’est la guerre, et je m’en veux ; ou bien, je suis tourmenté par la
pensée de ce qui se passe à Verdun, anxieux pour les amis, mais comme on l’est
à l’arrière. Ne pouvant rien faire d’autre je manie aussi la pelle et la
pioche. Ce matin le general de division est passé ds la tranchée. Il m’a
demandé très gentilment ce que ns faisions et n’a pas fait de reflexion sur le
desordre de la tranchée. Pourtant les hommes travaillaient sans casque ce que
je leur permet, mais qui n’est pas reglementaire.
Reçu hier ta bonne lettre du 4. Moi,
je reçois réguliement tes chères missives. Enfin tu as de mes nouvelles. Je
suis toujours très près de vous tous.
J. Médard