mardi 12 avril 2016

Front de Champagne, 12 avril 1916 – Jean à sa mère

12-4-16
            Maman cherie  

J’ai reçu hier les lettres des 6 et 7. Décidement elles arrivent en paquet.  Ça ne fait rien. Quand je n’en reçois pas un jour je me console en pendant que ce sera 2 ou 3 que je recevrai le lendemain ou le surlendemain. Un vrai journal.
Toujours la même vie. Les artilleurs boches se sont reveillés un petit peu il y a quelques jours, mais pas assez pour nous gener vraiment et nous causer des dommages. Maintenant tout est redevenu calme.
C’est très bien d’être venu en aide à Mr [Henri] Barraud. Il avait été aumonier fidèle auprès de moi, et je suis heureux que ce soit les miens qui lui remplacent les pneus qu’il avait usés en venant presque chaque jour à Glorieux. Merci aussi à tante Fanny, à Jeanne, à Suzon.
Je te répète que je ne manque de rien, que je me porte comme le pont neuf, et que j’ai une mine superbe. J’engraisse certainement dormant comme une brute, mangeant comme 4 et menant les ¾ du temps une vie sedentaire.
Je croyais Suzon partie depuis longtemps. Comment va Na ? Ça me fait plaisir qu’elle me ressemble, je lui souhaite d’être moins paresseuse que son oncle. Pauvre gosse ! Je la vois prenant ses inhalations, elle doit devenir rouge comme une écrevisse. Et les photos ? Bien heureux que tu aies reçu des nouvelles de Lalouette.
Je t’embrasse tendrement, je vous embrasse tous. 

Jean