mardi 8 novembre 2016

Front de Somme, 8 novembre 1916 – Jean à sa mère

8-11-16
            Maman cherie, 

            De nouveau une permission très proche semble beaucoup moins probable. Je suis navré si je t’ai donné une fausse joie. On nous l’avait tellement promis.
            Pourtant ne quittes pas Marseille avant de recevoir de nouvelles lettres de moi. Ds deux jours j’aurai rejoint le regiment et je saurai exactement si je pars vite en permission ou pas.
Tendrement à toi, et pardonne la peine bien involontaire que je te fais. 

Jean

lundi 7 novembre 2016

Marseille, 7 novembre 1916 – Mathilde à son fils

Villa Svéa ce 7 Novembre 1916
            Mon cher enfant 

            Je suis infidèle, mais, je me console en pensant que mes lettres te manquent moins entouré comme tu l’es par tant d’amis.
            Hier je n’ai pas écrit, parce que je suis allée passer l’après-midi ou une partie tout au moins avec Mme Gétaz, bien charmante femme admirable de force et d’énergie. Elle m’a lu ta lettre et elle désire ardemment te voir, apprendre par toi ce que tu te rappelles des conversations avec son fils. Elle sent que la guerre, la souffrance ont révélé l’homme avec l’idéal qu’elle souhaitait qu’il eu ; elle l’avait laissé un enfant et veut tout connaître de l’homme.
            Son mari a voulu l’entrainer sur la cote d’azur ; elle est partie ce matin je dois la prévenir de ta venue si elle ne peut rentrer à Marseille pour te voir, elle viendra à Cette.
            Elle veut surtout connaître celui qui a été l’ami de son fils et elle croit que tu as eu sur lui une réelle influence.
            Moi, je ne puis croire que je vais peut être pouvoir embrasser le bien aimé de mon âme, et je n’ose me laisser aller à l’idée de ce bonheur pr ne pas être trop anéantie si cela ne peut être.
            Je suis encore ici au milieu d un hôpital. Eliane [Houter, une petite-nièce] est très malade bien qu’il y ait une légère amélioration. Je la garderai cette nuit. Je t’attends et t’espère ici.
            Je sens que l’on m’attend impatiemment à Cette, il me tarde d’y arriver avec toi.
            Je t’embrasse de tout mon cœur.

Ta mère

Front de Somme, 7 novembre 1916 – Jean à sa mère

7-11-16
            Maman chérie, 

            C’est mal de te laisser deux jours sans lettres. Moi-même je suis depuis quelques jours sans rien de toi. C’est purement la faute de la poste.
            Samedi soir je partais donc pour Paris. Le programme était tout tracé à l’avance par Mlle  [Léo] Viguier. En arrivant nous sommes allés au concert Touche où j’ai entendu de la vraie bonne musique, dont j’avais été sevré pendant si longtemps. J’ai couché rue de l’Echiquier où ces demoiselles m’ont offert leur chambre à donner.
            « Ces demoiselles », tu le sais je pense, sont outre Mlle [Léo] Viguier, Mlle Des Essarts, une salutiste tout à fait epatante, qui a renoncé à une grande fortune et s’est fait salutiste de catholique qu’elle était.
            Le lendemain matin je suis allé chez [Emile] Roulleau – j’avais promis d’y revenir – et j’y ai passé presque toute la matinée. On m’a fait dire et repeter tous les details que je pouvais connaître, montré des photos… De braves gens tout à fait calmes et dignes dans leur douleur.
            Je suis passé prendre Mlle [Léo] Viguier rue de Trévise et nous sommes partis ensemble pour Charenton où Charles Westphal nous avait invité à dejeuner. Il suit les cours d’élève aspirant à Joinville et était seul chez lui avec sa sœur et un ami de l’école. Les parents sont à Nice avec le plus jeune fils qui est serieusement malade.
            C’est un chic type ce Westphal, une nature delicate et sensible, très brillante aussi. Ns avons parlé de ce coin de Vaux où nous avons ramassé des totos l’un et l’autre, et qui est à la mode ces temps-ci.
            Nous sommes repartis Mlle [Léo] Viguier et moi par la rue de Vaugirard ou les après-midi du Dimanche ont recommencé et où l’on continue à rencontrer beaucoup de chers amis : Albert Meyer, en reforme temporaire de 9 mois qui essayait de passer une licence. Il s’occupe beaucoup et avec succès des lycéens. Alex. [Alexandre] de Faye, toujours le même, jeune, heureux de rire, et même de rire comme il vit parcequ’il se sent utile, J-B Couve, etc. etc.
            J’ai fini la journée en plein bohême : chez Suzanne de Dietrich. On dine où l’on peut, installé comme on peut, et on mange ce qu’on peut. Elle ne s’embarrasse pas du coté pratique de la vie, mais on est rudement bien chez elle tout de même parcequ’on se sent chez soi et parceque les nombreux hôtes qu’on y rencontre sont la simplicité et la bonté même. Comme par hasard j’y ai trouvé toutes les volontaires « females » de la federation. Et voilà. J’attends avec impatience le jour du depart pour le midi. 
   
          Hier soir j’ai appris par une decision du 132e que je suis cité à la brigade.

 
          Tendresses à tante Fanny et à toi

Jean

vendredi 4 novembre 2016

Front de Somme, 4 novembre 1916 – Jean à sa mère

4-11-16
            Maman chérie, 

            Je compte recommencer demain le programme de Dimanche et Mercredi dernier. Tu vois que « je ne m’en fais pas ».
            Dans nos bois tout l’eblouissement de l’automne. Ni les baraques, ni la boue, ni les ordures n’arrivent à gacher tout à fait ça.
            Nos cours durent 3 jours de plus, jusqu’au 9. Ça retarde de 3 jours la permission que j’espère toujours. Reste à Marseille puisque tu y es.
Tendrement 

Jean

jeudi 3 novembre 2016

Front de Somme, 3 novembre 1916 – Jean à sa mère

3-11-16
            Maman cherie, 

            J’ai reçu hier soir tes bonnes lettres des 27, 28, 29. Ne te fais donc aucun souci maintenant que je suis loin du danger ; le froid et la pluie sont des maux bien facile à combattre ici et ne nous font jamais souffrir.
            Je ne sais que dire au sujet de ton depart de Marseille. J’espère bien partir en permission entre le 7 et le 10, mais ça n’est pas sur du tout. Prends ton parti de ne jamais me faire rentrer ds tes projets, car jamais je ne puis en faire moi-même, même pour le lendemain.
Source : collections BDIC
            Tu le sais par mes précédentes lettres, ce n’est plus aux mitrailleurs que l’on m’a attaché mais au canon de 37 ; ceci ne veut pas dire d’ailleurs que j’aurai à m’occuper de cela au retour au régiment. On tient simplement à instruire le plus d’officiers possibles ds le + grand nombre possible de spécialités, et l’on a raison. Je ne regrette plus du tout le repos plus complet du regiment depuis que je passe aussi agreablement mes dimanches et jours de fête.
            Mlle [Léo] Viguier avait chez elle un brave cousin de son père, de passage à Paris que qui descendait chez elle ; mais elle a pu se debarasser de « Baptiston » et nous avons passé une très bonne journée de promenades et de bavardage.
            J’aimerais tant que Suzon trouve ce qu’elle désire !
            Je comprends que cette idée de la longueur de la guerre t’assombrisse ; moi aussi, quand j’y pense ; mais il faut ne pas y penser.  A chaque jour suffit sa peine, il ne faut pas se laisser écraser par les angoisses de l’avenir.
Tendrement à vous toutes

Jean

mercredi 2 novembre 2016

Front de Somme, 2 novembre 1916 – Jean à sa mère

2-11-16
            Maman cherie, 

            Hier encore bien bonne journée avec Mlle [Léo] Viguier. Nous avons longuement bavardé, et fait la tournée des églises. Je suis allé voir aussi la famille de [Emile] Roulleau. J’ai rencontré Alex. [Alexandre] de Faye, chaque fois avec une citation de plus. J’espère le voir Dimanche plus longuement et + complètement.
            Il me tarde de pouvoir te raconter tout ça de vive voix. Mais quand sera-ce.
Tendrement 

Jean

lundi 31 octobre 2016

Front de Somme, 31 octobre 1916 – Jean à sa mère

31-10-16
            Maman cherie, 

            J’espère bien recommencer demain le programme de Dimanche. Pour le moment je pars pour l’exercice.
Toujours très tendrement  

Jean

dimanche 30 octobre 2016

Front de Somme, 30 octobre 1916 – Jean à sa mère

30-10-16
            Maman cherie, 

            Hier journée épatante, j’ai entendu Wilfred à l’oratoire, revu Mlle [Léo] Viguier, [Albert] Léo qui se trouvait là par hasard, décoré de la médaille militaire. J’ai déjeuné chez Suzanne de Dietrich et diné chez le frère de Léo. J’ai revu aussi Ch. [Charles] Westphal, [Roger] Jézéquel, J-B. Couve, etc, etc, ….
            Je te raconterai tout ça en detail une autre fois. J’espère pouvoir recommencer un de ces jours. Reçu ta bonne lettre du 26. Je me tarde de savoir si tu es à Cette ou à Marseille.
Tendrement 

Jean

samedi 29 octobre 2016

Marseille, 29 octobre 1916 – Mathilde à son fils

Villa Svéa ce 29 Octobre 1916
            Mon bien aimé 

            Un triste temps d’automne, une vraie Toussaint toute imprégnée de noire mélancolie ; les feuilles tourbillonnent et jonchent le sol ; il pleut, il fait froid, et, le cœur est serré de toute cette tristesse des choses.
            Je viens d’écrire à Suzie que je différais encore mon retour, qu’elle ne m’attende pas mardi car je suis dans l’espoir d’un beau rayon de soleil que j’attends pr rechauffer mon pauvre cœur – tâche qu’il rayonne bientôt. Il me tarde maintenant de rentrer, mais ici on se réjouit tant de te voir et ton ami aura une plus belle vision du midi à Marseille qu’à Cette. Il verra aussi beaucoup de Serbes, d’Anglais et d’Anamites, ils pullulent on ne peut circuler dans les rues.
            Ce matin j’ai accompagné les enfants à l’école du Dimanche que Bruguière présidait et pr les faire marcher nous sommes revenus par la Corniche et le Prado, tu vois quelle bonne et belle course j’ai faite, il faisait encore beau temps du moins au début. Ce soir je vais entraîner Axel chez les Sylvander écœurée qu’il ait ainsi abandonné son vieil ami gâteux tjours lui si fidèle jusqu’à la maladie. Cela ne me fait pas grand plaisir de sortir, mais je le fais pour son bien.
            Je suis heureuse que tu aies pu passer ta journée de Dimanche à Amiens. Où la passes-tu aujourd’hui ? J’ai reçu ta carte de ce jour par Suzie. Ils sont bien at home. C’était hier la fête d’Hugo, je l’ai oubliée.
            Bons baisers d’une maman qui grille d’embrasser son fils.

vendredi 28 octobre 2016

Front de Somme, 28 octobre 1916 – Jean à sa mère

28-10-16
            Maman chérie, 

            Je vais partir pour A [Amiens]. Et j’y passerai la journée de demain, comme Dimanche dernier. Ce n’est pas que je m’y amuse beaucoup, mais la vie est si triste ici dans la boue. Là-bas je depense bêtement de l’argent car les s/lieutenants du 132e ne se plaignent rien et la vie est chère. J’ai d’ailleurs de l’argent + qu’il ne m’en faut et t’en enverrai ces jours ci ds le cas où ma permission serait retardée. C’est absolument immoral cette différence de solde entre le soldat et l’officier.
Très tendrement  

Jean