mardi 21 février 2017

Barcy, 21 février 1917 – Jean à sa mère

21/2/1917
            Maman chérie 

            Merci de tes lettres de 17, 18, 19.
            Il m’est absolument impossible de te dire les jours où je t’ai écrit et les jours où je ne t’ai pas écrit pour que tu saches si mes lettres ne se perdent pas. Je ne me rappelle pas. Je sais seulement que je ne t’écris pas absolument tous les jours.
            La compagnie quitte ce pays ci demain pour aller faire des travaux plus près du front – rassure-toi, pas à portée des marmites. Je ne sais pas combien de temps ça va durer. Il n’est pas impossible qu’on revienne ici. Le colonel [Théron] y reste avec quelques élements du regiment. Moi, je reste jusqu’à Samedi. Je partirai alors en chemin de fer, et je devancerai de 24 heures les compagnies, qui elles doivent faire les étapes à pied.
            Il ne fait plus froid du tout ; pluie et boue.
            Mardi soir nous avons fait des crêpes à la ferme. Ce fut très gai. Je n’ai pas du tout le coup de main. Je viens de lire un livre qui m’a beaucoup impressionné, le Feu d’A. Barbusse. Un changement de secteur, je croyais de t’avoir dit, est un simple changement de numéro. Je suis toujours dans la division d’Hervé [Leenhardt]. Merci de vos vœux pour ma fête. Ne t’excuse pas de n’y avoir pas songé + tôt. Si ceux mesuraient [sic] mon affection à mes temoignages pour leurs fêtes ils auraient une bien fausse idée de cette affection Surtout ne m’envoie rien, je n’ai besoin de rien. Tante Fanny m’a envoyé des friandises.
Mille tendresses 

Jean