dimanche 27 août 2017

Willer-sur-Thur, 27 août 1917 – Jean à sa mère

27/8/17
            Ma chère Maman 

            J’ai reçu en leur temps les photos très amusantes de la petite, et ce matin ta bonne lettre du 23. Tous ces temps-ci j’attends le courrier avec une impatience particulière. J’ai reçu aussi une bonne lettre de [Daniel] Loux qui va probablement quitter Mouilleron.
            Hier matin je suis allé au culte dans la sacristie d’un joli petit temple [à Thann] qui a été passablement amoché lors des bombardements de 1915.
Source : site des paroisses protestantes de Thann et de Fellering
          Jean Monnier a été interessant. L’après-midi je suis allé voir dans un hopital voisin un officier du 3ème baton qui a été blessé, il y a quelque temps par accident de grenade.
Source : collections BDIC

Tendrement à toi 

Jean

samedi 26 août 2017

Willer-sur-Thur, 26 août 1917 – Jean à sa mère

26/8/17
            Maman chérie 

            Je viens de recevoir ta bonne lettre et celle incluse de tante Fanny. Pardonne-moi si je ne t’ai pas accusé reception des 100 frs, je les ai pourtant reçu.
            Hier dejeuner très agreable chez les Scheurer avec [Albert] Dartigue. Pour le moment je suis seul ici pendant que les autres sont à la messe, quand ils rentreront je partirai pour le temple.
Très tendrement 

Jean

Sète, 26 août 1917 – Mathilde à son fils

Cette le 26/8 1917
            Mon enfant chéri 

            Ce matin ta bonne lettre du 21 qui avec celle du 20 m’expliquait enfin celle du 22 arrivée ici déjà avant-hier en deux jours.
            Je ne pouvais y croire et pensais que tu t’étais trompé de date. Tu me parles d’une visite aux Scheurer, de courses dans la vallée. Je n’y étais plus.
            Pour moi tu penses si je suis heureuse de te sentir tant en sécurité. Je comprends néanmoins ce qu’a de fastidieux ce travail de bureau au milieu de camarades inconnus, tout à fait dépaysé. En as-tu des changements d’affectation ? Tu connaîtras tous les métiers militaires, du moins en ce qui concerne l’infanterie. Ne trouves-tu pas un seul camarade ? Es-tu remplacé auprès du commandant et ne retrouveras-tu pas cette affectation-là ? Tant de questions que je voudrais te poser et je ne le fais pas parce qu’elles resteraient sans réponse. Je suis heureuse que tu aies si près de toi [Albert] Dartigue.
            Tu aurais déjà pu recevoir des lettres de moi à ta nouvelle adresse. Je n’ai pas fait attention avant-hier. Excuse-moi.
            Suzie est toujours très bien. Ns allons monter ensemble chez les Pont pour la faire un peu marcher. Hier j’ai été avec Na chez les Bergeron. Madame toujours gentille et affectueuse.
            Ce matin un peu plus de monde au temple. Sermon sur le 11e aux Corinthiens.
            Je me hâte pr partir. Il fait une journée maussade. Que fais-tu mon pauvre chéri. Paperasses-tu quoique Dimanche.
Tendresses, tendresses 

Ta maman

jeudi 24 août 2017

Willer-sur-Thur, 24 août 1917 – Jean à sa mère

24/8/17
            Maman chérie 

            J’ai reçu les nouvelles de ton voyage. Je suis bien heureux de te savoir à Cette, et j’avoue que ces jours-ci j’attends tes lettres avec beaucoup d’impatience. Hier je suis resté dedans, et aujourd’hui je recommencerai probablement.
            J’ai reçu une lettre très gentille du colonel [Adrien] Perret en reponse à un mot d’excuse que je lui avais adressé pour m’excuser d’avoir quitté le regiment sans le voir.
Affectueusement à toi 

J.  Médard

mercredi 23 août 2017

Willer-sur-Thur, 23 août 1917 – Jean à sa mère

23/8/17
            Ma chère Maman 

            J’ai passé hier une très agreable après-midi : promenade en auto dans la montagne avec le general [Georges] Laroque visiteur que j’ai accompagné à differents observatoires.  
Source : collections BDIC

Il faisait une journée presque chaude et une lumière presque meridionale. Le general est un type très rigolo et brave homme. Samedi je déjeune chez les Scheurer que je n’ai pas encore revu depuis mon retour dans la vallée.
Très affectueusement 

Jean 

Il me tarde d’avoir des nouvelles de Suzon.

mardi 22 août 2017

Willer-sur-Thur, 22 août 1917 – Jean à sa mère

22/8/17
            Maman chérie 

            Il me tarde d’avoir des nouvelles de Cette, maintenant que le grand evenement[1] s’avance. Quand je pense qu’à l’heure qu’il est je suis peut-être deux fois oncle sans le savoir. J’espère que votre voyage s’est effectué sans incidents.
            Hier j’ai passé une excellente après-midi. J’étais allé voir les Scheurer, en velo. Je ne les ai pas trouvé, mais au retour j’ai croisé [Albert] Dartigue et j’ai fait avec lui la tournée de ses foyers. Le matin un général [Georges Laroque (1863-1943)] très amusant a dejeuné avec nous ; il revient à midi.
Très affectueusement 

J. Médard

[1] La naissance à venir du deuxième enfant de sa sœur Suzanne Ekelund. Ce sera un garçon, Pierre, qui arrivera le 30 août 1917.

lundi 21 août 2017

Willer-sur-Thur, 21 août 1917 – Jean à sa mère

21/8/17
            Ma chère Maman 

            Mon changement d’affectation est aussi un changement d’adresse, et tes lettres qui passent par le régiment vont m’arriver pendant quelques jours en retard. Pour le moment je n’ai pas de tes nouvelles. Et tes névralgies ?
            Ici je m’embête un peu. J’aurai rarement l’occasion de bouger, et c’est surtout ça que j’aimerai. Faire des papiers dans un salon n’est vraiment pas mon affaire. C’est une drole d’idée de me prendre dans un état major, tu comprends que ce n’est pas ma vocation. Enfin ! on me confie un travail pour le moment je n’ai qu’à le faire en conscience.
Source : collections BDIC

            J’ai un grand privilège. La maison où je vis est à 100 mètres du foyer du soldat du village qui est dirigé par Albert Dartigue. Je t’ai deja parlé de Dartigue, professeur à la fac de théol. de Genève, un jeune, un fédéré, un type épatant. Je m’échappe plusieurs fois dans la journée pour bavarder un peu avec lui.
            Je n’ai pas encore circulé dans la vallée.
Tendrement à toi
 
Jean

dimanche 20 août 2017

Willer-sur-Thur, 20 août 1917 – Jean à sa mère

20/8/17
            Maman chérie 

            Me voici de nouveau dans la vallée.
Source : collections BDIC
           Ça s’est fait comme un coup de foudre. J’étais tranquillement dans ma montagne hier matin, je venais de prendre une douche après avoir fait grasse matinée, quand on m’a fait appelé par téléphone à l’Infanterie Divisionnaire où je dois remplacer un officier. Ça peut durer un certain temps.
            Au point de vue bien être, c’est exceptionnel, c’est presque la vie de château, dans une des plus jolies demeures de la vallée. Mais il y a le revers de la médaille : et c’est surtout le fait d’être separé complètement du regiment, qui ne doit pas quitter de longtemps la foret et ses altitudes. Je suis parti sans pouvoir même dire au revoir aux amis.
            Je te donnerai le plus tôt possible des details sur ma nouvelle vie.
            En attendant, je t’embrasse tendrement. 

Jean

samedi 19 août 2017

Août 1917 – Officier d’état-major à l’infanterie divisionnaire


Le 19 août je suis appelé à l’infanterie divisionnaire à Willer[1] , pour remplacer temporairement un des officiers de l’état-major. Le « temporaire » va durer cinq mois.  C’est ce qu’on appelle un filon.
La légende "J'habitais cette maison." est écrite de la main de Jean au dos de la photo.
Le panneau indicateur, que l'on peut lire sur une autre photo prise au même endroit, indique Mittzach et Husseren.
         Je vais vivre loin des lignes, dans une des villas les plus confortables de la vallée, je vais avoir une belle jument demi-sang, Tartelette, à ma disposition, je vais revoir quotidiennement Albert Dartigue dont le foyer n’est qu’à cent mètres de notre villa, me détendre fréquemment chez les Scheurer, me joindre le Dimanche à la communauté de Thann.  

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie : La guerre)
________________
[1] Jean parle de Willer (et c’est d’ailleurs aussi la légende de toutes les photos de cette commune dans les albums Valois). Il est nécessaire de préciser qu’il s’agit ici de Willer-sur-Thur, à 3 km de Bitschwiller-les-Thann où vivaient les Scheurer, et non de l’autre commune du Haut-Rhin nommée Willer, située à une quarantaine de kilomètres de la vallée de la Thur.

mercredi 16 août 2017

Mittlach, 16 août 1917 – Jean à sa mère

16/8/17
            Maman chérie 

            Bien heureux de savoir que tu ne souffres plus. Evidemment ce ne doit pas être facile de sa faire soigner les dents à La Bastide.
            Il fait très mauvais. Mais pourvu qu’il fasse beau en Flandre maintenant que l’offensive a repris, c’est l’essentiel. Que c’est difficile de se tenir à la hauteur de tout ce qui se passe en ce moment. C’est vrai, nous ne sommes pas dignes de notre tache et de notre temps.
            Je joue bêtement au bridge, de longues heures. Je lis un peu aussi. J’ai relu avec profit Jeunesse de [Charles] Wagner[1] plus des tas de bricoles sur la guerre, l’Alsace, etc.
            Ce soir, je dine à l’ambulance. Ce que c’est d’être de Cette[2] .
Source : collections BDIC
         Quand penses-tu y retourner. Où que ce soit ma pensée est toujours auprès de toi, fidèle et tendre.

Jean


[1] Charles Wagner (1852-1918) : pasteur français, auteur de plusieurs livres.
[2] Rappel : le médecin-chef, le docteur Marius Faussié, était, comme Jean, originaire de l'Hérault.