jeudi 24 novembre 2016

Front de Somme, 24 novembre 1916 – Jean à sa mère

24-11-16
            Maman chérie, 

            Pas le temps de t’écrire longuement.
            Encore dans nos baraquements jusqu’à demain. Ça a été court, mais en somme reposant ; nous avons été favorisés par le temps, vraiment beau hier.
            A demain ; tendrement à toi.
Jean

 

mardi 22 novembre 2016

Front de Somme, 22 novembre 1916 – Jean à sa mère

22-11-16
            Maman chérie 

Suzanne : Les troupes en route vers Maurepas
Source : Louis Jean Auriac, poète agathois
            Nous voici encore au repos pendant peu de jours. Le plus dur est encore à faire, mais nous ne voulons pas y penser. Nous ne pensons qu’à dormir, à manger et à nous reposer. Baraquements à proximité du front ; interminable convoi d’auto et d’artillerie, boue, saucisses toutes proches, musiques militaires, ronflements d’avions. Abrutissement plat ou detente bruyante.
            Dans le milieu d’officiers dont je fais partie c’est la 2ème attitude qui domine. Nous faisons un petit cercle très gai, très fraternel, et le commandant n’est pas le dernier à donner l’exemple de la gaité et de la familiarité.
            On se remonte en somme très vite. On grate la boue, on nettoie les armes, on graisse les chaussures et tout est oublié.
            J’ai eu cette fois en ligne quelques heures de vrai spleen, la maison me paraissant tout particulièrement desirable, et j’avais une envie folle d’embrasser les bonnes joues roses d’Elna. Je ne desire pas moins revoir la maison, mais le spleen est passé.
            Pendant que je suis en train de t’écrire, on m’apporte ta lettre du 19. J’ai reçu ton paquet de linge. Merci beaucoup. J’ai tout ce qu’il me faut comme linge, + qu’il en faut. Fais ce que tu voudras de l’argent de [mot illisible], je n’en ai pas besoin pour le moment. On fait trop de bruit autour de moi, je m’arrete.
            Je t’aime bien, mais je ne sais pas te le dire.
Tendrement  

Jean

vendredi 18 novembre 2016

Front de Somme, 18 novembre 1916 – Jean à sa mère

18-11-16
            Maman chérie, 

            Neige, pluie, cloaque.
            J’ai reçu tes lettres des 12, 13, 14. Un peu de lumière dans notre tristesse. Tout mon monde est courageux et vaillant et patient.
            Bien heureux de savoir tante Fanny mieux. Très interessé par la lettre de tante Anna.
            Te voilà probablement de retour à Cette. Je comprends trop bien ta deception et je t’assure qu’elle est bien partagée. Je te fais envoyer les « lettres de soldat ». Tu verras comme c’est beau. Ça te consolera.
Tendrement à toi 

Jean

mercredi 16 novembre 2016

Front de Somme, 16 novembre 1916 – Jean à sa mère

16-11-16
            Maman chérie, 

            Je t’ecris au milieu de la nuit, du fond de mon petit abris. Nuit magnifique, sereine, qui semble toute étonnée du chahut d’en dessous.
            Je ne sais encore où te chercher par la pensée.
Tendrement  

Jean

mardi 15 novembre 2016

Front de Somme, 15 novembre 1916 – Jean à sa mère

15-11-16
            Maman chérie, 

            Me revoici à la 5ème. J’ai retrouvé ma section avec plaisir, et elle moi.
            Il fait froid et sec, mais tout vaut mieux que la boue ds le terrain argileux où ns vivons.
            Je t’écris à Cette ne sachant pas où te chercher. Car naturellement les lettres ne m’arrivent plus avec tous ces changements de compagnie et d’affectation.
Tendrement  

Jean

lundi 14 novembre 2016

Front de Somme, 14 novembre 1916 – Jean à sa mère

14-11-16
            Maman chérie, 

            Rien de bien neuf à te raconter. Le temps est triste et notre vie aussi. Je passe le plus clair de mon temps à lire, un interminable bouquin de Claude Farrère pour le moment. Reçu une bonne carte de [Albert] Léo.
Tendrement  

Jean

dimanche 13 novembre 2016

Front de Somme, 13 novembre 1916 – Jean à sa mère

13-11-16
            Maman chérie, 

            J’ai retrouvé mon vieux secteur avec une joie qui n’est pas sans melange. Je fraternise de nouveau très étroitement avec la boue et les « totos ». Mais tout est beaucoup plus calme qu’autrefois. Je ne suis plus ni à la 5ème, ni à la 6ème. J’ai été affecté hier aux canons de 37, Soula étant revenu ce matin, je suis maintenant affecté jusqu’à nouvel ordre à la 7ème, où j’ai eu le plaisir de retrouver [Roger de] La Morinerie et où ns ns consolons ensemble de nos illusions perdues.
Tendrement  

Jean

samedi 12 novembre 2016

Front de Somme, 12 novembre 1916 – Jean à sa mère

12-11-16
            Maman chérie, 

            Impossible, absolument impossible de venir en permission pour le moment. Il faut mettre une grande ceinture, comme disent les poilus.
            Nous sommes en lignes.
            Dis à Mme Gétaz, si tu es encore à Marseille, avant d’en partir que j’ai revu ce matin la tombe de son fils. En très bon état, avec son nom sur une croix, côte à cote [1]
Source : blog http://www.varreddes.com/

                     Lt Blaise
                    Ss Lt Bouttée
                    Asp. Gétaz
                  Adjud. Dejardin
            La tombe sera très facile à trouver.
            Le  secteur s’est beaucoup calmé.
       Tendrement, très tendrement 

Jean




Source : Mémorial GenWeb


[1] Dans sa lettre, Jean Médard orthographie « Boutet » et « Desjardins ».

vendredi 11 novembre 2016

Novembre 1916 – Retour en ligne


Le 11 novembre. Je suis très déçu lorsqu’il faut remonter en ligne sans avoir obtenu de permission de détente. Je suis affecté successivement à la 6ème et à la 7ème avant de rejoindre la 5ème  compagnie. Notre secteur s’est un peu assagi, mais nous fraternisons de nouveau très étroitement avec les « totos ». Longues semaines de cafard avec alternance de séjour en ligne ou de demi-repos dans les baraquements de l’arrière-front.  

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie : La guerre)

Front de Somme, 11 novembre 1916 – Jean à sa mère

11-11-16
            Maman chérie, 

            Je crois qu’il faudra renoncer à la permission pour cette fois ci, et que tu peux retourner à Cette. Attend encore un  jour si tu peux pour être plus sure.
            Nous retournons en ligne. Mon bataillon y est déjà. Mais le secteur est très assagi.
Tendrement  

Jean