dimanche 13 novembre 2016

Front de Somme, 13 novembre 1916 – Jean à sa mère

13-11-16
            Maman chérie, 

            J’ai retrouvé mon vieux secteur avec une joie qui n’est pas sans melange. Je fraternise de nouveau très étroitement avec la boue et les « totos ». Mais tout est beaucoup plus calme qu’autrefois. Je ne suis plus ni à la 5ème, ni à la 6ème. J’ai été affecté hier aux canons de 37, Soula étant revenu ce matin, je suis maintenant affecté jusqu’à nouvel ordre à la 7ème, où j’ai eu le plaisir de retrouver [Roger de] La Morinerie et où ns ns consolons ensemble de nos illusions perdues.
Tendrement  

Jean

samedi 12 novembre 2016

Front de Somme, 12 novembre 1916 – Jean à sa mère

12-11-16
            Maman chérie, 

            Impossible, absolument impossible de venir en permission pour le moment. Il faut mettre une grande ceinture, comme disent les poilus.
            Nous sommes en lignes.
            Dis à Mme Gétaz, si tu es encore à Marseille, avant d’en partir que j’ai revu ce matin la tombe de son fils. En très bon état, avec son nom sur une croix, côte à cote [1]
Source : blog http://www.varreddes.com/

                     Lt Blaise
                    Ss Lt Bouttée
                    Asp. Gétaz
                  Adjud. Dejardin
            La tombe sera très facile à trouver.
            Le  secteur s’est beaucoup calmé.
       Tendrement, très tendrement 

Jean




Source : Mémorial GenWeb


[1] Dans sa lettre, Jean Médard orthographie « Boutet » et « Desjardins ».

vendredi 11 novembre 2016

Novembre 1916 – Retour en ligne


Le 11 novembre. Je suis très déçu lorsqu’il faut remonter en ligne sans avoir obtenu de permission de détente. Je suis affecté successivement à la 6ème et à la 7ème avant de rejoindre la 5ème  compagnie. Notre secteur s’est un peu assagi, mais nous fraternisons de nouveau très étroitement avec les « totos ». Longues semaines de cafard avec alternance de séjour en ligne ou de demi-repos dans les baraquements de l’arrière-front.  

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie : La guerre)

Front de Somme, 11 novembre 1916 – Jean à sa mère

11-11-16
            Maman chérie, 

            Je crois qu’il faudra renoncer à la permission pour cette fois ci, et que tu peux retourner à Cette. Attend encore un  jour si tu peux pour être plus sure.
            Nous retournons en ligne. Mon bataillon y est déjà. Mais le secteur est très assagi.
Tendrement  

Jean

mardi 8 novembre 2016

Front de Somme, 8 novembre 1916 – Jean à sa mère

8-11-16
            Maman cherie, 

            De nouveau une permission très proche semble beaucoup moins probable. Je suis navré si je t’ai donné une fausse joie. On nous l’avait tellement promis.
            Pourtant ne quittes pas Marseille avant de recevoir de nouvelles lettres de moi. Ds deux jours j’aurai rejoint le regiment et je saurai exactement si je pars vite en permission ou pas.
Tendrement à toi, et pardonne la peine bien involontaire que je te fais. 

Jean

lundi 7 novembre 2016

Marseille, 7 novembre 1916 – Mathilde à son fils

Villa Svéa ce 7 Novembre 1916
            Mon cher enfant 

            Je suis infidèle, mais, je me console en pensant que mes lettres te manquent moins entouré comme tu l’es par tant d’amis.
            Hier je n’ai pas écrit, parce que je suis allée passer l’après-midi ou une partie tout au moins avec Mme Gétaz, bien charmante femme admirable de force et d’énergie. Elle m’a lu ta lettre et elle désire ardemment te voir, apprendre par toi ce que tu te rappelles des conversations avec son fils. Elle sent que la guerre, la souffrance ont révélé l’homme avec l’idéal qu’elle souhaitait qu’il eu ; elle l’avait laissé un enfant et veut tout connaître de l’homme.
            Son mari a voulu l’entrainer sur la cote d’azur ; elle est partie ce matin je dois la prévenir de ta venue si elle ne peut rentrer à Marseille pour te voir, elle viendra à Cette.
            Elle veut surtout connaître celui qui a été l’ami de son fils et elle croit que tu as eu sur lui une réelle influence.
            Moi, je ne puis croire que je vais peut être pouvoir embrasser le bien aimé de mon âme, et je n’ose me laisser aller à l’idée de ce bonheur pr ne pas être trop anéantie si cela ne peut être.
            Je suis encore ici au milieu d un hôpital. Eliane [Houter, une petite-nièce] est très malade bien qu’il y ait une légère amélioration. Je la garderai cette nuit. Je t’attends et t’espère ici.
            Je sens que l’on m’attend impatiemment à Cette, il me tarde d’y arriver avec toi.
            Je t’embrasse de tout mon cœur.

Ta mère

Front de Somme, 7 novembre 1916 – Jean à sa mère

7-11-16
            Maman chérie, 

            C’est mal de te laisser deux jours sans lettres. Moi-même je suis depuis quelques jours sans rien de toi. C’est purement la faute de la poste.
            Samedi soir je partais donc pour Paris. Le programme était tout tracé à l’avance par Mlle  [Léo] Viguier. En arrivant nous sommes allés au concert Touche où j’ai entendu de la vraie bonne musique, dont j’avais été sevré pendant si longtemps. J’ai couché rue de l’Echiquier où ces demoiselles m’ont offert leur chambre à donner.
            « Ces demoiselles », tu le sais je pense, sont outre Mlle [Léo] Viguier, Mlle Des Essarts, une salutiste tout à fait epatante, qui a renoncé à une grande fortune et s’est fait salutiste de catholique qu’elle était.
            Le lendemain matin je suis allé chez [Emile] Roulleau – j’avais promis d’y revenir – et j’y ai passé presque toute la matinée. On m’a fait dire et repeter tous les details que je pouvais connaître, montré des photos… De braves gens tout à fait calmes et dignes dans leur douleur.
            Je suis passé prendre Mlle [Léo] Viguier rue de Trévise et nous sommes partis ensemble pour Charenton où Charles Westphal nous avait invité à dejeuner. Il suit les cours d’élève aspirant à Joinville et était seul chez lui avec sa sœur et un ami de l’école. Les parents sont à Nice avec le plus jeune fils qui est serieusement malade.
            C’est un chic type ce Westphal, une nature delicate et sensible, très brillante aussi. Ns avons parlé de ce coin de Vaux où nous avons ramassé des totos l’un et l’autre, et qui est à la mode ces temps-ci.
            Nous sommes repartis Mlle [Léo] Viguier et moi par la rue de Vaugirard ou les après-midi du Dimanche ont recommencé et où l’on continue à rencontrer beaucoup de chers amis : Albert Meyer, en reforme temporaire de 9 mois qui essayait de passer une licence. Il s’occupe beaucoup et avec succès des lycéens. Alex. [Alexandre] de Faye, toujours le même, jeune, heureux de rire, et même de rire comme il vit parcequ’il se sent utile, J-B Couve, etc. etc.
            J’ai fini la journée en plein bohême : chez Suzanne de Dietrich. On dine où l’on peut, installé comme on peut, et on mange ce qu’on peut. Elle ne s’embarrasse pas du coté pratique de la vie, mais on est rudement bien chez elle tout de même parcequ’on se sent chez soi et parceque les nombreux hôtes qu’on y rencontre sont la simplicité et la bonté même. Comme par hasard j’y ai trouvé toutes les volontaires « females » de la federation. Et voilà. J’attends avec impatience le jour du depart pour le midi. 
   
          Hier soir j’ai appris par une decision du 132e que je suis cité à la brigade.

 
          Tendresses à tante Fanny et à toi

Jean

vendredi 4 novembre 2016

Front de Somme, 4 novembre 1916 – Jean à sa mère

4-11-16
            Maman chérie, 

            Je compte recommencer demain le programme de Dimanche et Mercredi dernier. Tu vois que « je ne m’en fais pas ».
            Dans nos bois tout l’eblouissement de l’automne. Ni les baraques, ni la boue, ni les ordures n’arrivent à gacher tout à fait ça.
            Nos cours durent 3 jours de plus, jusqu’au 9. Ça retarde de 3 jours la permission que j’espère toujours. Reste à Marseille puisque tu y es.
Tendrement 

Jean

jeudi 3 novembre 2016

Front de Somme, 3 novembre 1916 – Jean à sa mère

3-11-16
            Maman cherie, 

            J’ai reçu hier soir tes bonnes lettres des 27, 28, 29. Ne te fais donc aucun souci maintenant que je suis loin du danger ; le froid et la pluie sont des maux bien facile à combattre ici et ne nous font jamais souffrir.
            Je ne sais que dire au sujet de ton depart de Marseille. J’espère bien partir en permission entre le 7 et le 10, mais ça n’est pas sur du tout. Prends ton parti de ne jamais me faire rentrer ds tes projets, car jamais je ne puis en faire moi-même, même pour le lendemain.
Source : collections BDIC
            Tu le sais par mes précédentes lettres, ce n’est plus aux mitrailleurs que l’on m’a attaché mais au canon de 37 ; ceci ne veut pas dire d’ailleurs que j’aurai à m’occuper de cela au retour au régiment. On tient simplement à instruire le plus d’officiers possibles ds le + grand nombre possible de spécialités, et l’on a raison. Je ne regrette plus du tout le repos plus complet du regiment depuis que je passe aussi agreablement mes dimanches et jours de fête.
            Mlle [Léo] Viguier avait chez elle un brave cousin de son père, de passage à Paris que qui descendait chez elle ; mais elle a pu se debarasser de « Baptiston » et nous avons passé une très bonne journée de promenades et de bavardage.
            J’aimerais tant que Suzon trouve ce qu’elle désire !
            Je comprends que cette idée de la longueur de la guerre t’assombrisse ; moi aussi, quand j’y pense ; mais il faut ne pas y penser.  A chaque jour suffit sa peine, il ne faut pas se laisser écraser par les angoisses de l’avenir.
Tendrement à vous toutes

Jean

mercredi 2 novembre 2016

Front de Somme, 2 novembre 1916 – Jean à sa mère

2-11-16
            Maman cherie, 

            Hier encore bien bonne journée avec Mlle [Léo] Viguier. Nous avons longuement bavardé, et fait la tournée des églises. Je suis allé voir aussi la famille de [Emile] Roulleau. J’ai rencontré Alex. [Alexandre] de Faye, chaque fois avec une citation de plus. J’espère le voir Dimanche plus longuement et + complètement.
            Il me tarde de pouvoir te raconter tout ça de vive voix. Mais quand sera-ce.
Tendrement 

Jean