samedi 8 décembre 2018

8 décembre 1918 - Défilé à Strasbourg

Source : Gallica
Naturellement la journée du . . . . . .1 où nous défilons à Strasbourg devant Poincaré, Clemenceau, les maréchaux et le parlement est la plus spectaculaire. C’est du délire.


Source : Gallica
Je comprends pourtant que ce n’est pas toute l’Alsace qui nous acclame. Au cours de nos étapes je loge souvent chez les pasteurs. L’accueil de certains est assez froid. L’un est allemand, l’autre a épousé une Allemande, un troisième arbore une moustache à la Guillaume II qui ne laissent pas prévoir des sentiments très francophiles.

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie, La guerre )
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1 Le blanc existe dans le texte original. Le JMO indique qu’il s’agissait du 9 décembre 1918.
Source : JMO du 132ème RI - 9 décembre 1918
Défilé à Strasbourg

dimanche 2 décembre 2018

Aux lecteurs du blog

Une trentaine de billets sont encore programmés, allant du récit du défilé de la victoire le 8 décembre 1918 à Strasbourg jusqu'au mariage de Jean Médard et Alice Herrmann le 28 août 1919, une semaine avant la démobilisation de Jean.

A quelques exceptions près, ces billets ne sont plus basés sur la correspondance, mais sur de larges extraits des mémoires de Jean concernant cette période. Leur sommaire donne un avant-goût de ce que furent ces neuf mois.

Pour ceux d’entre vous qui souhaiteraient sans attendre en savoir un peu plus sur ce qu’il est advenu de Jean et des siens après août 1919, vous pouvez dès maintenant cliquer sur Conclusion, le dernier billet prévu (par ailleurs programmé pour une parution le 28 août 2019).


Enfin, en ce moment où s’achèvent pour moi plus de quatre ans de travail sur ce blog et sur son blog frère Correspondance de guerre (pièces jointes), quelques mots personnels.

Ces blogs avaient peu de lecteurs réguliers, même si certains articles ont été beaucoup lus, les uns grâce à des liens publiés dans Pages 14-18 ou ailleurs, d’autres pour des raisons que je ne m’explique pas forcément.

N’ayant pas l’habitude des réseaux sociaux, je n’avais pas souhaité inclure la possibilité d’ajouter des commentaires, mais quand certains parmi vous ont pris directement contact avec moi par courriel, j’en ai toujours été très heureuse.

Je profite de ce billet pour remercier tous ceux qui, chacun à leur manière, ont contribué aux deux blogs, avec des photos, des informations, des témoignages, des éclairages historiques, des pistes de recherche.

Souvent, je me suis posé des questions sur tous les autres, lecteurs silencieux, parfois lointains (les statistiques générées par l’administration du blog permettent de connaître les pays de connexion). Si certains d’entre vous prennent contact avec moi après la lecture de ces lignes, cela me fera plaisir.

Enfin, pour ceux qui liront ces mots dans l’avenir, même longtemps après que ces blogs seront devenus inactifs, sachez que j’accueillerai toujours avec reconnaissance de nouvelles informations, en particulier provenant de familles de personnes ayant côtoyé Jean Médard, mon grand-père, pendant ces années de guerre (ou après).

Hélène Fillet, 24 novembre 2018


samedi 1 décembre 2018

1er décembre 1918 – Départ de Bischwiller

Pourtant le séjour dans cette bonne ville ne dure pas longtemps et je ne m’en plains pas puisqu’il s’agit d’une nouvelle permission.

Source : JMO du 132ème RI - 1er décembre 1918
Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie, La guerre )

vendredi 30 novembre 2018

30 novembre 1918 – JMO du 132ème RI

Source : JMO du 132ème RI - 28, 29 et 30 novembre 1918

jeudi 29 novembre 2018

Bischwiller, 29 novembre 1918 – Jean à sa mère

29-11-18

Ma chère Maman,

Vie très agréable à Bischwiller, mais deja on parle de repartir. Je suis invité presque tous les jours chez des parents de tante Anna.

Hier je suis allé en auto à Strasbourg. Je ne t’écris pas plus longuement. J’ai un courrier extremement en retard.

Ma permission approche.

Tendresses
Jean

mercredi 28 novembre 2018

28 novembre 1918 – Rencontres à Strasbourg

A Strasbourg, j’ai retrouvé Suzanne de Dietrich1, Jeanne Bertsch2, cousine de tante Anna, Melle Emma Herrmann, cousine de Jacques Herrmann. Elle est très française, elle a un frère [Gustave] et une sœur [Lina] qui ont émigré en France depuis longtemps. Mais un autre frère [Frédéric] est devenu fonctionnaire allemand et a épousé une Allemande [Louise Garth]3. L’Alsace toute entière est à l’image de cette famille déchirée.

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie, La guerre )
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1 Suzanne de Dietrich (1891-1981)), théologienne protestante. Voir article Wikipedia.  

2 Jeanne Bertsch (1874-1959), future secrétaire générale de l’UCJF (Union chrétienne des jeunes filles).

3 Dispersion entre l’Alsace et la France, après l’annexion, de la fratrie des cousins germains de Jacques Herrmann, futur beau-père de Jean :
- Gustave Herrmann (1854-1923), professeur à la faculté de médecine de Toulouse.
- Emma Herrmann (1856- ?), restée en Alsace où Jean la rencontre le 28 novembre 1918.
- Lina Herrmann (1862-1955) vivait à Sète, elle y tenait le ménage de son oncle Ernest Herrmann (1846-1927), qui était veuf d’Henriette Scheydt (1855-1877). “Une des meilleures personnes que j’ai connues”, a écrit mon arrière-grand-mère Marguerite Germain ép. Herrmann au verso d’une photo d’elle. Il est question de Lina Herrmann dans la lettre du 11 octobre 1918 où mon autre arrière-grand-mère Mathilde Benoit ép. Médard relate la conversation entre leur vieille bonne et celle de Lina Herrmann. Les deux femmes se disent quel beau couple feraient Jean Médard et Alice Herrmann. “Comme Melle Herrmann serait heureuse si cela pouvait se faire !” raconte la bonne de Lina Herrmann à celle de Mathilde Médard.
- Frédéric Herrmann (1860- ?) et Louise Garth.

mardi 27 novembre 2018

Bischwiller, 27 novembre 1918 – Jean à sa mère

27-11-18

(Je reprends ma lettre interrompue hier où je l’avais laissée).

Entrée des soldats français à Bischwiller
le 23 novembre 1918
Source : Notre Famille (site communes.com

Nous avons commencé la journée sur le balcon d’un boche d’où l’on voyait admirablement le defilé et nous l’avons fini en farandoles et rondes autour de la statue de Kléber et par les rues avec une Alsacienne sous chaque bras. Tout le monde finit par être un peu gris, gris d’enthousiasme – c’est tellement extraordinaire cet acceuil.

Pense que toutes les maisons alsaciennes – et elles sont nombreuses – à Strasbourg et dans le moindre village sont pavoisées de drapeaux tricolores. Et ça represente une somme incalculable d’ingéniosité. Si les femmes ont encore les mains noires c’est qu’elles ont teint en secret leurs draps en bleu et en rouge pour pouvoir faire des drapeaux.

Défilé à Strasbourg le 25 novembre 1918
Source :  Picclick - CPA

Quand aux boches ils sont tellement plats qu’ils ont souvent voulu pavoiser aussi à nos couleurs. Mais les Alsaciens ne l’ont pas permis et les alsaciens eux-mêmes ont arraché les drapeaux.

Mais avec tout ça je ne t’ai pas encore parlé de Bischwiller.

Nous y sommes arrivés hier soir, venant de Brumath, après avoir defilé ds Haguenau [le 26 novembre] – encore un beau souvenir.

Entrée des soldats français à Bischwiller
le 23 novembre 1918
Source : Notre Famille (site communes.com

Je t’ai parlé de mes hôtes qui sont touchants. On ne peut plus compter les attentions. Ce matin j’ai fait connaissance de la famille de tante Anna, Mr et Mme Alfred Bertrand et leur fils, Mme Hirsch, Melle Anna Schmidt1, un jeune Mr Bost et sa jeune femme. Je les ai vu à la mairie où les notabilités nous ont reçu. On a bu, on a pleuré, on a chanté la Marseillaise.

Les dames de la ville ont remis au colonel un don de 1000 marks pour les veuves du 132e.

Puis je suis allé chez les A. Bertrand. Lucien [Benoît, le fils de tante Anna] nous a rejoint. On nage dans la joie. Pour comble de bonheur, j’ai enfin été présenté à un pasteur très français. Trois des pasteurs de Bischwiller sur 4 sont français2.

Je te quitte. Autrement cette lettre ne partirait encore pas aujourd’hui.

Je vous embrasse tendrement.
Jean
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1 Jean écrit « Smith », mais étant donné qu’il s’agit d’une personne appartenant à la famille de sa tante Anna, l’orthographe est forcément Schmidt, nom de jeune fille de la mère d’Anna Bertrand ép. Benoît.
2 Le site de la paroisse protestante de Bischwiller indique effectivement qu’il y a eu longtemps à Bischwiller quatre pasteurs : deux luthériens (culte protestant majoritaire en Alsace) et deux réformés.

lundi 26 novembre 2018

Bischwiller, 26 novembre 1918 – Jean à sa mère

Verso de la lettre écrite par Jean
le 26 novembre 1918 à Bischwiller
sur papier en-tête de la manufacture de draps
Goellner & Hirsch,
membres de la famille de "tante Anna".
Bischwiller 26-11-18

Ma chère Maman

Je t’abandonne un peu, mais c’est moins grave maintenant que tu es rassurée à mon sujet. J’espère que je pourrai être plus régulier à partir d’aujourd’hui car notre existence vagabonde semble prendre fin. Et nous nous fixons, devines où ? A Bischwiller dont j’ai entendu parler chez tante Anna pendant toute mon enfance1. Je loge chez une mère de la 2me Mme Louis Schwebel, qui s’appelle Mme Goellner ou Mme Hirsch, je ne sais pas très bien encore2. Nous venons à peine d’arriver et je reprend mon journal là où je l’ai laissé il y a 3 ou 4 jours.

Le lendemain [23 novembre] je me suis rapproché de Strasbourg – à 6 kil [à Vendenheim, cf. le JMO]. Toujours le même acceuil enthousiaste de la population et toujours pour moi la petite déception de trouver un pasteur rien moins que francophile – celui-là valait d’ailleurs beaucoup mieux que l’autre malgré les moustaches à la Guillaume. Il m’a reçu d’une manière absolument paternelle, et l’on pourra peut-être en faire quelque chose.

Le lendemain [24 novembre] à Brumath, on ne m’a heureusement pas logé chez le pasteur, car ce dernier était non seulement boche de sentiment, mais de race. Tu vois que ça devient humiliant. A Brumath nous sommes restés deux jours. Le premier jour revue de Pétain, defilés, acclamations, bals, musique, enfin toute la lyre.

Le deuxième jour, hier [25 novembre 1918], nous nous sommes echappés à Strasbourg. Nous n’avons vu que très peu la ville, mais nous avons vu la joie de toute une population. C’est inimaginable.

Défilé à Strasbourg le 25 novembre 1918
Source :  Picclick - CPA

[Cette longue lettre, écrite sur deux jours d’affilé (les 26 et 27 novembre 1918) s’interrompt ici, avec ce bref récit de la journée du 25 novembre.]

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1 Rappel concernant “tante Anna” : Anna Bertrand, née en 1859 à Bischwiller, avait épousé le banquier sétois Victor Benoît, frère de Mathilde Benoît ép. Médard, la mère de Jean. Mathilde, veuve, fréquentait beaucoup Victor et Anna, et était assez influencée par sa belle-soeur qui “régentait totalement son foyer, me semble-t-il, et passablement le nôtre.” écrit Jean Médard dans ses mémoires.
2 La soeur d’Anna, Laure Bertrand, avait épousé Louis Schwebel, négociant et fabricant de draps. Elle était morte en 1881, âgée de 25 ans et Louis Schwebel s’était remarié avec Eugénie Witz. Jean disant que la mère de la 2ème Mme Schwebel s’appelle Mme Goellner ou Mme Hirsch, deux hypothèses : soit la mère d’Eugénie Wirtz s’était remariée, soit Jean se trompe.

26 novembre 1918 – Le 132 à Bischwiller, “patrie” de tante Anna

Bischwiller
Source : Généanet

Le 132 prend finalement ses cantonnements à Bischwiller, la patrie de ma tante Anna. Je suis reçu par les membres de sa famille comme un parent. Malgré les restrictions sévères qu’a connues ce pays, le beurre est sorti de partout. On nous bourre de Kugelhofs.

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie, La guerre )

dimanche 25 novembre 2018

Fin novembre 1918 – Accueil enthousiaste à Brumath et Haguenau

Il [l’enthousiasme de la foule] ne se démentira pas dans les villes suivantes à Brumath [les 24 et 25 novembre, indique le JMO], à Haguenau [le 26 novembre], à Strasbourg.

Entrée du 132ème RI à Haguenau le 26 novembre 1918
(Jean Médard est là, quelque part, parmi les hommes de son régiment…)
Source : coll. La contemporaine

Entrée du 132ème RI à Haguenau le 26 novembre 1918
(...peut-être est-lui, à cheval devant les cyclistes, puisqu'il était l'officier en charge des liaisons)
Source : coll. La contemporaine

Partout fanfares, drapeaux, acclamations, fleurs, baisers.

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie, La guerre )