jeudi 7 décembre 2017

Décembre 1917 – Les cousins Leenhardt à la 56ème D.I.


Entre temps, la « famille » montpelliéraine a peu à peu colonisé la division. Hervé Leenhardt et un peu plus tard son frère Gilbert, officiers d’artillerie, Guy Leenhardt, qui est arrivé comme chasseur au 49ème, Maurice Pomier [Maurice Pomier-Layrargues] à l’escadron divisionnaire. Nous voyons aussi dans le secteur Pierre Leenhardt[1], lieutenant de génie, chargé des projecteurs. Il semble que ce soit un retour aux sources. 

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie, La guerre)

[1] Il s’agit sans doute d’une erreur de prénom, aucun Leenhardt de cette génération et prénommé Pierre n’étant répertorié dans ma base de données ni dans celle de Cyril Leenhardt.

mercredi 6 décembre 2017

Willer-sur-Thur, 6 décembre 1917 – Jean à sa mère

6/12/17

            Maman chérie 

            Toujours à la hâte. Ces jours-ci ça va mieux, le colonel Maurel étant de charmante humeur, et la nature est tellement apaisante. L’air est d’une pureté exquise, soleil, neige.
Très tendrement à vous 

Jean

Source : collections BDIC

mardi 5 décembre 2017

Willer-sur-Thur, 5 décembre 1917 – Jean à sa mère

5/12/17
            Maman chérie 

            Rien de neuf. Encore aujourd’hui l’heure du courrier arrive sans que j’ai pu t’ecrire. Tant pis.
            Le paysage est splendide : la neige sous un beau soleil d’hiver. Il fait un froid vif, mais très supportable parceque sans vent. D’ailleurs ici le chauffage est parfait.

Source : collections BDIC
            Reçu de bonnes lettres de [Daniel] Loux, Mlle [Léo] Viguier, oncle Fernand [Leenhardt].
Tendrement à toi 

Jean

lundi 4 décembre 2017

Willer-sur-Thur, 4 décembre 1917 – Jean à sa mère

4/12/17
            Maman chérie 

            Un mot très à la hate, le courrier part. Rien de neuf. La neige tombe très fort, mais il ne fait pas très froid.
            La vallée est très belle.
Tendresses

Jean

Source : collections BDIC

samedi 2 décembre 2017

Willer-sur-Thur, 2 décembre 1917 – Jean à sa mère

2/12/17
            Ma chère Maman 

            Rien de très nouveau. Hier, à la nuit tombante je suis allé toucher ma solde dans un village voisin [Kruth[1]]. Je n’ai malheureusement pas trouvé l’officier payeur, mais j’ai passé quelques dizaines de minutes avec des camarades de regiment. Quand j’étais au regiment, cette fraternité d’arme, que j’appréciais, était loin de me satisfaire et je pensais avec melancholie à mes amitiés de faculté, aux bonnes heures d’intimité avec [Daniel] Loux, [Albert] Léo et quelques autres.
Source : collections BDIC
             Maintenant que j’en suis sevré, je sens toute la valeur et toute la douceur de cette fraternité, et je la regrette.
            Ce matin je suis allé au temple à Thann. [Albert] Dartigue préchait. Il a été excellent.
            Cette après-midi je me suis échappé une heure chez les Scheurer. Après-midi apaisante. J’ai trouvé Mme [Marie Anne Dollfus, épouse Scheurer] et Mlle [Antoinette] Scheurer au piano. Je leur ai demandé d’y rester. Elles m’ont joué des morceaux epatants, de Grieg, et les Nocturnes de Chopin que tu me joues ; je ne leur ai pas caché le plaisir qu’elles me faisaient.
            Le temps continue à être très beau ; de temps en temps une rafale de neige qui ne dure pas.
            J’ai reçu mon costume hier. Il est très propre mais malheureusement le tailleur a du avoir un moment d’absence en le retaillant, ou bien il a du croire que la vie d’Etat Major me faisait maigrir. J’ai toutes les peines du monde à rentrer dedans.
            Voilà ; je vais me coucher, j’ai très sommeil. J’ai eu une bonne journée aujourd’hui.       
Tendrement à vous tous 

Jean

[1] Le JMO du 132ème R.I. indique qu’il cantonnait à cette date dans la zone de Kruth.

vendredi 1 décembre 2017

Willer-sur-Thur, 1er décembre 1917 – Jean à sa mère

1/12/17
            Maman cherie 

            Je profite d’un petit moment de tranquilité dans ma chambre pour t’envoyer ce mot, c’est d’ailleurs pourquoi je t’ecris au crayon. Ma bonne chambre ! Si seulement je pouvais y rester plus longtemps et y venir plus souvent, je serais plus heureux. Ça me rapprocherait de vous. J’ai bien reçu le bouquin d’oncle Fernand [Leenhardt], « L’initiation protestante », mais je n’ai pas eu le temps de le lire. Vie toujours assez penible, pourtant hier bonne journée. Dejeuner en cœur [?] chez Mr Ferdinand Scheurer, un neveu des Jules Scheurer. La digestion du colonel étant bonne il nous a envoyé le Cptne [René] Récopé et moi à la recherche d’un terrain d’exercice ce qui nous a fait une exquise promenade dans une vallée que je ne connaissais pas.
Source : collections BDIC
(Rien n'indique que le vallée que Jean ne connaissait pas est celle-ci.)
            Avant-hier j’ai passé la journée à l’H [Hartmannswillerkopf]. Dejeuner avec un groupe de chasseurs, trop « chasseurs », mais gentils.
            Et voilà, je pense avec affection à vous tous, et vous embrasse comme je vous aime. 

J. Médard

mardi 28 novembre 2017

Willer-sur-Thur, 28 novembre 1917 – Jean à sa mère

28/11/17
            Ma chère Maman 

            J’ai reçu ce matin ta bonne lettre du 24. La vie est certainement plus supportable depuis notre petite explication. Il ne me lâche pas, mais ça m’apaise enormement et ça me donne un peu plus d’independance.
            Rien de nouveau. Il faut un temps très doux ; mon costume n’arrive toujours pas. Je me suis fait retailler une culote de troupe que j’avais. La vareuse, elle, tient.
Tendrement à toi 

Jean 

            Triste la mort de Mr Bonfils[1].

[1] Henri Florian Bonfils (1866-1917), employé de commerce. (Source : Archives départementales de l’Hérault en ligne.)

lundi 27 novembre 2017

Willer-sur-Thur, 27 novembre 1917 – Jean à sa mère

27/11/17
            Maman chérie 

            Encore très à la hate aujourd’hui. Hier je me suis encore echappé quelques minutes chez les Scheurer, où l’on trouve toujours une atmosphère de bonté et d’intimité ; à part ces rares intermèdes la vie dans les paperasses continue.
Source : collections BDIC
          J’accomplis ce metier toujours sans le moindre enthousiasme. Je n’ai pas pu m’empêcher de le dire ce matin au colonel Maurel[1]. J’ai été d’ailleurs assez mal reçu.
Tendrement à toi 

Jean

[1] Peut-être le dialogue rapporté dans ses mémoires et mis en ligne le 26 novembre.

dimanche 26 novembre 2017

Le colonel Maurel


Quand la mission dont il [le colonnel Maurel] me charge entraînerait un manque d’égards vis-à-vis d’un commandant de secteur ou même d’une espèce de mouchardage, je fais le naïf. Alors il se fâche :
« Je ne ferais jamais de vous un officier d’Etat-major.
– Mais, mon Colonel, ce n’est pas mon ambition. Je suis un étudiant en théologie, un petit curé, si vous voulez ; ma place n’est pas dans un état-major, mais avec la troupe.
– Votrrre place est celle où je juge bon de vous mettrrre ».
Pourtant cette expression l’a amusé et désormais il m’appelle « le petit currré ». Un jour où je suis un peu cafardeux et où je parle au duc de Trévise [Edouard Mortier] du caractère odieux de mon chef, il me donne un conseil apaisant : « Vous avez tort de prendre ça au tragique. Votre colonel est vraiment un phénomène. Etudiez-le. Examinez-le comme on regarde un singe se gratter le derrière. »  

Mémoires de Jean Médard, 1970 (3ème partie, La guerre)

samedi 25 novembre 2017

Willer-sur-Thur, 25 novembre 1917 – Jean à sa mère

25/11/17
            Maman cherie 

            Je t’ai laissé 3 jours sans lettres.
            Pourtant rien de nouveau dans ma vie. Avant-hier j’ai passé toute la journée en secteur.
Source : collections BDIC
            Hier à l’heure du courrier j’étais pris, aujourd’hui aussi : le capitaine Favatier m’avait invité à prendre le café, Mr Girard, notre propriétaire, dejeunant avec eux.
            Hier je me suis échappé quelques minutes chez les Scheurer, que je n’avais pas vu depuis 15 jours. Aujourd’hui bonne journée. Le Gall était ici ; ns avons longuement bavardé.
Très tendrement  

J. Médard